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vendredi 24 février 2023

D'heure en heure, encore

8h.
Ma tablette sonne (c’est plutôt le son «bord de mer» qui me réveille…) alors que je rêve que j’essaie de marcher dans la neige jusqu’à la taille.

8h30.
Je me lève. Dernier matin dans cet appartement trop froid mais agréable. J’ai vraiment souffert… (en tout cas, je me suis plainte…)

10h.
J’ai paqueté ma valise, mon sac d’épicerie, mon sac à dos et ma sacoche. Ça m’a permis de constater que ma valise a un flatte. J’ai une roulette qui a perdu son pneu: je roule sur le rime… va vraiment falloir que je me grèye d’une nouvelle valise. Pis va aussi falloir que je réussisse à gérer mon stock parce que je prends l’avion la semaine prochaine pour Paris.

Faque je prends toutes mes belongnignes pis je quitte mon appartement tallinnois, avec mes vidanges et mon recyclage que je mettrai dans les binnes appropriées. Dans la vieille ville, la ville ramasse les vidanges tous les jours!

10h18.
Je suis en face de l’épicerie où devrait venir me chercher Jevgeni, mon chauffeur de taxi qui m’a charrié la semaine dernière et que j’ai rappelé hier. On a rendez-vous à 10h20.

10h19.
Jevgeni et son taxi sont là. On est passé par des rues inconnues pendant que mon sympathique chauffeur me parlait de sa ville, en cette journée de fête. Avoir su, je serais restée une journée de plus et j’aurais fêté l’indépendance de l’Estonie, dans ma vieille ville.

10h40.
Bon, faudrait que je mange un peu avant ma ronne d’autobus. Il y a une petite cafétéria qui, à 10h40, ne sert plus de déjeuner. Je vais devoir faire comme les étudiants du cégep et diner à cette heure pas d’allure! Faque je me suis tapé une assiette de saumon et de patates, sauce hollandaise au curry. C’était vraiment bon… mais c’était aussi un peu tôt!


12h30.
J’ai montré mon tiquette, j’ai mis ma valise dans la soute pis je me suis installée au siège 36, dans le lounge de l’autobus. J’ai beau prendre l’autobus, je ne fais pas ça avec les gueux! Même si ça m’a juste coûté 28 euros pour 4h30 de voyage! Je pense que la dernière fois que j’ai pris un autobus régional, c’était il y a 12 ans, pour aller chercher Azarius dans le fond de la Beauce, au moment où je n’y avais pas encore d’amis qui pouvaient me charrier. C’était avant de partir pour mon road trip, quand j’avais pris mon autre session de congé! J’avais pris le bus de Montréal à Sainte-Foy, puis de Sainte-Foy à Sainte-Marie. J’en avais eu ma claque du transport de la plèbe. Sauf qu’en ce jour d’hiver est-européen, je suis dans le lounge. On est séparé de la plèbe par un ti-rideau. Et je trouve ça exotique de me promener en autobus. C’est fou comme les voyages – et le fait d’être ailleurs – change la perspective.

 

14h45.
On m’avait dit que la ronne d’autobus entre Tallinn et Riga était belle parce qu’elle longe le golfe de Riga, une protubérance de la mer Baltique. Mais pas aujourd’hui. Y’a eu du brouillard dès qu’on est arrivé sur le bord de l’eau.



J’aurais aimé ça pouvoir passer un coup de squeegee dans la fenêtre de l’autobus. J’aurais pu prendre des photos qui avaient un peu d’allure, alors qu’on arpentait la campagne estonienne, puis la lettone.


J’ai du mal à lire en transport quand ça bouge. Faque j’ai écouté des balados. Je me suis tapé pas mal d’épisodes de Aujourd’hui l’histoire, à Radio-Canada. Dieu que j’aime cette émission!


 

15h15.
On passe une frontière… mettons. Du moins, ce qui en était une. Tous les passagers de l’autobus et moi, on est rendu en Lettonie! Un autre pays de l'Espace Schengen.😡


Mon téléphone vient aussi de me le dire. Ben, je suppose que c’est ça. Parce que mon finnois ne s’est pas amélioré… Je vous rappelle que j’ai une carte SIM finlandaise dans mon téléphone.


15h50.
J’aurais aimé ça pouvoir prendre des photos de ce que je vois… mais ça sort évidemment super mal. J’écoute Tout un matin, à Radio-Canne. C’est weird d’écouter ça en fin d’après-midi!
J’ai écrit à Yves Desautels pour lui dire que la circulation sur la A-1 était fluide entre Tallinn et Riga. En finissant l’émission, il en a glissé un mot! Tordant, quand même!

16h20.
La Lettonie est un pays civilisé.

17h.
Ça y est. Me v’là arrivée à Riga. Vous pensez qu’il y a des travaux au Québec? Ben, autour de la gare d’autobus de Riga, c’est le bordel. Tout est en construction. Et comme il y a des tas de terre, des camions qui circulent et de la neige qui font, y’a des grandes flaques d’eau sale. Dans laquelle je me suis évidemment mis les pieds. Pas grave, j’ai des bottes.

Vous dire l’efficacité de Bolt, une application de taxi. J’ai demandé un taxi de la gare pour Laipu Iela 6 (ça, c’est mon adresse). Pis c’est l’application qui a trouvé le taxi le plus près… qui venait justement déposer des gens à la gare. Ça a pris 3 minutes, et en plus, ça me disait combien ça allait me couter. Bolt, c’est une application estonienne. Quand je vous avais dit que les Estoniens étaient en avance, internettement parlant… (Vous me suivez?)

17h30.
Mon chauffeur, qui ne parlait pas un mot d’anglais, m’a déposé à un coin de rue et quart de chez moi. Ma rue est trop étroite pour qu’il puisse y circuler quand il y a de la neige. Sur la rue, une procession de Krishna pour m’accueillir. J’ai pas osé les prendre en photos… Mais je me disais que ce n’était sûrement pas en Union soviétique qu’on aurait vu ça. Il s’en est passé des choses, en trente ans.

Je m’installe. Chouette petit studio. Encore une fois, je me demande comment je m’installerais, si c’était chez moi (je pense toujours à mon studio, à Lille).  Ça serait un peu tassé, je crois, d’ajouter une table de travail.




19h.
Je sors souper. Mettons que mon saumon de déjeuner est rendu loin! J’ai vu les quelques rues autour de chez moi, et ma foi, c’est franchement joli. J’ai hâte à demain.

J’ai trouvé un resto typiquement letton. Je l’avais vu quand j’étais dans le taxi et je voulais y revenir. Oh que j’ai bien fait. J’ai mangé, quand même, un bœuf Stroganov extraordinairement bon. Avec tout plein de patates pilées. J’ai bu de l’alcool typique de Lettonie. Eh boy. À 40%, je ne vais pas exagérer sur la chose.


Étrangeté culturelle: les couples mangent l’un à côté de l’autre. Ils s’assoient à une table de quatre, mais les deux personnes s’installent du même côté, face à la salle à manger.

La gentille serveuse s’appelait Julija. Je lui ai dit que Julie, c’était en français. Et qu’on portait le même nom. Gnaisage.

20h30.
Un petit saut au Kimi Express pour acheter du yogourt pour demain matin. J’ai aussi acheté un genre d’eau pétillante aux fruits de la passion. Ben, pas pantoute de passion pour moi. Ça goute le yabe. Ça va finir dans le lavabo.

22h.
J’ai gossé pour ouvrir la télé. Pas de problème. Mais y’a pas la «télé ordinaire». T’sais, des postes avec des programmes? Non. C’est juste Netflix, Apple TV, Disney Channel… Je vieillis.

22h30.
J’adore le fait qu’il y a deux petites pièces séparées: une pour la toilette (avec un ti-lavabo) et une autre pour la douche et la laveuse (et un ti-lavabo SUR la laveuse).  J’ai tout inauguré.

23h15.
Je me couche. À demain, Riga!

jeudi 23 février 2023

Au revoir, Tallinn!

Qu’est-ce que j’ai aimé cette ville. Et dire que j’avais la chienne de venir en Estonie, parce que c’était un ancien pays de l’URSS… J’ai quand même appris que l’Estonie avait été le pays le plus «libre» de l’URSS (en autant qu’on puisse concevoir qu’il y avait une liberté en URSS…) et que le pays fait partie du (crisse) d’espace Schengen et de la zone Euro depuis 2004. Ça fait comme 20 ans. Faque c’est un pays qui a de l’allure.

LES TRANSPORTS

Des autobus qui vont partout. Quatre lignes de tramway, dont une qui va à l’aéroport (non, ne me partez pas sur ce sujet). Une chose étrange, cependant. Les rails de tramway sont dans le milieu de la rue, ça va. La plupart du temps, il y a des plateformes pour permettre aux passagers d’attendre et de monter dans le tramway, quand il arrive. Mais il y a quelques endroits où les rails sont toujours dans le milieu de la rue, mais les passagers attendent sur le trottoir (il y a un arrêt, c’est indiqué). Et quand le tramway arrive, les conducteurs doivent immobiliser leur véhicule pour laisser traverser les passagers pour qu’ils puissent prendre le tramway, comme si c’était un autobus scolaire. On ne dépasse pas un tramway à l’arrêt quand il doit faire monter des passagers qui attendaient sur le trottoir. J’ai trouvé ça weird, mettons.



Les bateaux qui arrivent au port sont gigantesques. Après ma visite au château de Kadriorg, j’étais au bord de l’eau et j’ai vu arriver un immense traversier en provenance de Finlande, comme celui que j’avais pris. Puis, quelques minutes plus tard, alors que je marchais pour aller au musée, j’ai vu passer des dizaines et des dizaines de camions de livraison. Je me demandais bien d’où ils venaient jusqu’à ce que je me rappelle l’arrivée du bateau… Alors, je me suis arrêtée pour lire les plaques des camions: ils venaient de Finlande, mais surtout d’Estonie, de Pologne et de Lituanie.



L’APPARTEMENT

Je ne louerais pas cet appartement si j’avais à m’installer à Tallinn. Pour une semaine, ça allait. Mais, je vous l’ai dit: j’ai gelé toute la semaine. En plus, comme j’habitais au premier étage, je ne voyais pas le ciel. Aucune lumière naturelle n’entre dans cet appartement, à cause des bildignes autour. Je ne pourrais pas vivre ici sans lumière de l’extérieur. Sinon, pour visiter, c’était parfait. En plein cœur de la vieille ville.

Le câble de la télé a planté pendant que j’étais là. Plus moyen de changer de poste! Une chance pour moi : la télé était bloquée à Historia. Et tous les soirs (je dis bien tous les soirs), c’était des émissions sur la Seconde Guerre mondiale en anglais. Le bonheur. Des documentaires que je n’avais évidemment pas vu.

LA VIEILLE VILLE

La vieille ville, dans les remparts, est splendide.  Tout se faisait à pied. Et tout était toujours plus près que je ne le pensais. La place de l’hôtel de ville. Les petites rues avec les maisons colorées. La colline de Toompea et son château (et ses ambassades). Les fortifications et le tunnel, vestige du 14e siècle. Un feeling vraiment le fonne.



LA VILLE

Je suis allée « en ville » (ce qui veut dire sortir de la vieille ville). J’ai trouvé un centre commercial où je me suis acheté des jeans. Pas le choix. C’est en ville aussi qu’arrivent les bateaux de Finlande (ou de Suède). C’est en ville éloignée que sont la tour de la télévision, le musée historique d’Estonie, le monument aux victimes du communisme, le château de Kadriorg…


Je me suis aussi promenée en tramway, yinque pour le fonne. Pour me promener dans le vrai monde qui retourne chezeux après une journée de travail. Ça me fait aussi voir un autre genre de paysage: les quartiers populaires où habite le vrai monde.

LA BOUFFE

Évidemment, pas de vin estonien. Ils font de la bière, par ici. Faque comme j’aime pas la bière, ben… j’ai bu du café. Parce que ça, il y en a. Non, ils ne font pas pousser du café… ils en servent! Un peu comme en Finlande où je trouvais des cafés partout pour m’arrêter, en fin d’après-midi. J’ai fait ça aussi. Qu’est-ce que c’est agréable de prendre le temps de siroter un café au chaud, en lisant.

Les épiceries sont bien remplies... de patentes que je n'arrive pas toujours à identifier. J'ai acheté de la limonade... qui s'est avérée une espèce de jus à saveur de rose. C'était un peu ordinaire, mettons.


LA VIE

Je me suis sentie en sécurité partout. J’ai toujours mon erre d’aller personnel: je me lève à 10h, je déjeune, je niaise un peu et je pars vers midi. J’ai beau être en voyage, je suis aussi en vacances. Et prendre le temps de vivre, c’est aussi ça, être en vacances.

LA TEMPÉRATURE

De la neige quand je suis arrivée. Puis une journée chaude où tout a fondu (ben, si 3 vous parait chaud…). Puis, retour de la neige et du frette (genre -4). De très belles journées d’hiver… mais sans soleil. C’est ce qui m’a manqué. J’ai besoin de soleil. Je le savais, je le sais encore plus.

LES ESTONIENS

Aucun problème à être servie en nanglais. Parfois, c’est un peu laborieux, mais on finit par se faire comprendre ou à comprendre. Évidemment, j’ai un peu parlé langlais avec un accent estonien, en roulant mes R. Je n’y peux rien.

Faque c’est ça. Demain, alors que c'est jour férié en Estonie pour la journée de l'indépendance, Riga en Lettonie.


 

mercredi 22 février 2023

Un peu à l'extérieur

Je suis encore sortie de ma vieille ville, en ce mercredi où, en après-midi, on a eu droit à un peu de soleil. Avec la neige, c’était magique. Une journée d’hiver parfaite.

J’ai pris le tramway no 1 (il y a 4 lignes) jusqu’au parc Kadriorg. C’est là que trône le château de Kadriorg (de la reine Catherine). Ma foi, fort joli.

À l’intérieur, un musée des Beaux-arts. Surtout des peintures des 17e et 18e siècles. De quoi de quioute. Plusieurs tableaux flamands et de l’est de l’Europe. Un genre de musée comme je les aime: pas trop achalandé, pas trop de salles, pas trop de peintures. Je ressors de ce genre de musée encore de bonne humeur. Quand c’est trop plein, je n’ai pas de fonne: il y a des limites à ce que je suis capable d’apprécier dans une seule visite.





J’ai quand même tripé sur les chaufferettes. Je trouvais ça tellement beau, là, dans le coin. Je pense que j’aurais besoin de ça dans mon appartement estonien!



Pendant ma visite, j’ai jasé avec un couple de Français. Il accompagnait sa fille en compétition d’escrime à Tallinn. Comme moi, les Français ont découvert la ville, avec l’intention d’y revenir. Comme moi, ils se sont surpris à ne pas avoir mis l’Estonie sur leur liste de voyage avant.

Pis, t’sais, quand la maison de poupée dans la chambre de l’enfant est une réplique du château…


J’ai aussi fait ma quioute. J’ai diné au château. C’est de mon rang, quand même. Je suis quand même étonnée du peu de manger chauffé… Quelque part cette semaine, j’ai demandé une quiche dans un café. Quiche frette. Ce midi, j’ai commandé une tarte épinards et féta. Frette. Une chance qu’il y avait le café pour me réchauffer!

Pas loin dudit château, je suis allée voir le musée d’Histoire de l’Estonie. Oh que j’ai aimé ça. Encore une fois un peu trop de lecture, mais c’était tellement intéressant pour comprendre l’histoire récente du pays. J’essaie de vous faire ça simple: avant 1917, l’Estonie était une «province» de l’empire de Russie, mais avec des désirs d’indépendance depuis la fin du 19e siècle. Quand la Russie a fait la révolution (en 1917), l’Estonie en a profité pour déclarer son indépendance, le 24 février 1918 (vendredi sera donc jour férié en Estonie!). Le petit pays balte essaie, dans les années suivantes, de se faire une vie. Puis, la Seconde Guerre mondiale va tout bouleverser: le pacte Ribbentrop-Molotov (de non-agression entre l’Allemagne et l’URSS) va voler en éclat au début de la guerre quand les Soviétiques vont envahir l’Estonie. Puis, les Allemands vont repousser les Soviétiques dans leurs terres en envahissant, à leur tour, la petite Estonie. En 1944, quand les Soviétiques vont réussir à repousser les Allemands à leur tour, ils vont s’installer en Estonie, implanter le communisme et faire du petit pays un des territoires de l’URSS. Ainsi va la vie que les Estoniens ne voulaient pas… Plusieurs seront déportés. L’Estonie va rester communiste et soviétique jusqu’en 1991, au moment de l’éclatement de l’URSS. Elle était le pays le plus «développé» de l’URSS (on a souvent dit que son niveau de vie ressemblait beaucoup à celui de l’Ouest). Depuis, elle a pris son destin en main, mettons. L’Estonie serait le pays le plus développé, numériquement parlant. La carte d’identité numérique est instaurée en 2004, le vote électronique existe depuis 2007 et le pays décerne des cartes de E-résidence pour les travailleurs et les étudiants, ce qui veut dire que toute la planète pourrait être un E-résident d’Estonie, tout en habitant dans un autre pays. Toute l’administration est «sans papier» et toutes les demandes se font par le Web. Les écoles sont équipées d’ordinateurs et du Web depuis 1997. Disons qu’ils ont pu se revirer de bord, euzautres, quand la pandémie est arrivée. Et puis, vous le saviez, vous, que Skype était une compagnie estonienne? Ouan. Mais je pense qu’ils ont un peu manqué leur chote quand la pandémie est arrivée, au profit de zoom et de Teams. Eh. Il y a aussi une compagnie qui a patenté des robots pour faire de la livraison autonome. C’est hilarant, cette patente-là. Ça, c’est un exemplaire au musée, mais j’en ai vu une sur le trottoir, vendredi, en arrivant. Ça se promène tout seul et ça fait de la livraison d’épicerie, par exemple. Et ça ne fascine que les touristes.





En soirée, en rentrant, j’ai vu le parlement estonien éclairé aux couleurs de l’Ukraine. Compte tenu de leur histoire, je pense que les Estoniens comprennent, plus que ben du monde.