La vie est remplie de petits défis!
Il m’a d’abord fallu acheter un billet pour l’autobus 77, celui qui va à l’aéroport de Glasgow. Pas que c’est compliqué dans l’absolu. Mais j’ai E-rien compris de ce que me demandait le chauffeur. Moi, je n’arrêtais pas de répéter «one way to the airport», mais lui, il n’arrêtait pas de me poser des questions. À voir ma face, il aurait dû voir que je ne comprenais rien pis qu’il fallait qu’il arrête de tout répéter! Y’en a qui ont coulé leur cours de communication, ça me semble évident. Faque je me suis retrouvée à avoir payé un billet aller-retour. J’ai fermé ma gueule parce que je ne vois pas comment j’aurais pu expliquer à ce chauffeur qu’il me devait £ 2.
Une heure plus tard, j’arrive à l’aéroport. C’est un peu long parce que j’ai pris la ronne de lait qui m’a permis de voir des quartiers de Glasgow que je ne connaissais pas. Si j’avais pris la 500, ça aurait pris 15 minutes, mais j’aurais exploré l’autoroute.
Assez gros, comme aéroport. Y’a même une liaison Toronto-Glasgow toute l’année par Air Transat. En hiver, c’est une ou deux fois par semaine, mais à partir de juin, c’est tous les jours. Sachez-le. Bon, ça va faire, le tourisme!
| J'ai vu des sandwichs au poulet du couronnement... C'est que ça fait trois semaines! On ne s'étonnera pas qu'ils aient été en spécial! |
À l’aéroport, je mets la main sur une Citroën C3. Au départ, je devais avoir une Fiat 500, mais le type chez Budget (il s’appelle John Queen, ça ne s’invente pas) m’a proposé une plus grosse, assurances incluses, pour 100 piasses de plus. Comme j’ai fait une tentative d’itinéraire hier et que je pense que je vais rouler pas mal (parce que je n’ai pas peur d’avaler les kilomètres), autant être confortable. C’est sûr que si je me promenais en ville, la Fiat 500 serait plus intéressante parce qu’elle est plus facile à stationner, mais je ne ferai pas vraiment de ville. Surtout des routes des Highlands… à croiser des moutons et des vaches.
Alors, puisque je viens de mettre la main (et la clé) sur mon char, autant en profiter pour apprivoiser tout ça. Comme je pars demain pour le nord, je décide d’aller dans le sud. Ouan, mettons un peu plus au sud. J’ai décidé d’aller à Ayr, sur le bord de l’eau.
Bon, bon, bon. C’est comment, conduire de l’autre côté? Ça va, j’ai envie de dire. Quand j’étais venue en Angleterre avec Yves (en 2003) puis en Irlande (en 2005), ce que j’avais trouvé de pire, ça avait été d’être du côté du passager (à gauche) et de ne pouvoir rien faire. Conduire, ça allait. C’est vraiment l’absence de volant à gauche qui était pire.
Que je vous raconte une anecdote. On avait croisé nos échangistes irlandais au-dessus de l’Atlantique, nous vers l’Europe, eux vers Montréal. Ils étaient venus de Kildare Town à Dublin avec leur voiture, l’avaient stationné à l’aéroport et avaient laissé les clés, les papiers, le tiquette pour sortir du stationnement et les clés de la maison dans une enveloppe au comptoir des bagages en consignes. Quelques heures plus tard, on débarque à Dublin, on va au comptoir et on récupère l’enveloppe. Tout va bien. On suit les indications que Anne et John ont laissé pour retrouver la voiture. Tout va bien : la voiture est là. On vérifie le numéro de la plaque, ça va, c’est elle. J’ai la clé dans la main et je suis médusée. Sur la porte, aucun trou pour mettre la clé pour déverrouiller les portes. Rien. Je retourne à l’arrière de la voiture avec le papier laissé par Anne et John : c’est pourtant le bon numéro de plaque, c’est la bonne voiture. Yves vient de mon côté pour constater la même chose : il n’y a pas de trou pour mettre la clé pour déverrouiller. « Y a-t-il une touche sur la clé pour débarrer? », qu’il me demande. On regarde la clé. Non, rien. On réussit à ouvrir le coffre pour y déposer nos valises. C’est vraiment le bon char. On est médusés tous les deux, à regarder la porte et à se dire qu’il y a sûrement quelque chose qu’on ne saisit pas… jusqu’à ce que, silencieusement, je contourne la voiture et je me rends du côté droit de la voiture… où il y a un trou pour mettre la clé et, dans l’auto, un volant pour conduire! On s’est trouvé à la fois drôles de ne pas y avoir pensé et un peu épais de ne pas y avoir pensé! Mettez ça sur le compte du décalage horaire!
J’ai donc réussi à quitter les abords de l’aéroport en écoutant le GPS de mon nouveau char. C’est la partie la plus facile parce qu’il y a plein de chars autour de moi et je fais l’innocente: je les suis. C’est quand je suis seule que ça se complique: il faut que je sois concentrée pour tourner du bon bord de la rue! En fait, ça m’est arrivé une seule fois de tourner du côté droit de la rue! Mais c’est parce qu’il n’y avait pas de voiture qui s’en venait en sens inverse… sinon j’aurais ben vu que je devais aller de l’autre côté du terre-plein! Mes réflexes de conductrice à gauche sont évidents quand je dois faire trois-quatre affaires en même temps: par exemple, je suis arrêtée à l’entrée d’un rond-point et ça se dégage pour que je m’engage. Là, il faut que je tourne dans le rond-point, que je change de vitesse (je me fous la main droite dans la porte!), que je clignote pour m’enligner dans la sortie dans la voie de gauche (je suis toujours en 2e vitesse parce que je ne gère pas encore ma main gauche)… Ça va venir, ne vous inquiétez pas! Et je sais qu’en revenant à Montréal, je vais me foutre la main gauche dans la porte pour changer les vitesses! Ça se prend vite, malgré tout, des habitudes!
Je suis quand même étonnée du peu de motos qu’il y a sur les routes. Je veux bien que la température s’y prête peu parce qu’il pleut souvent, mais avec les distances pas si grandes, il devrait y en avoir plus, je pense. En tout cas, en Italie et en France, c’est une plaie!
J’ai fini par arriver à Ayr. Bazwell que c’est beau. Je suis allée sur le bord de la mer. Ben, c’est pas vraiment la mer. C’est plutôt l’embouchure de la Clyde qui va se jeter dans l’Atlantique Nord. Faque dans le fond, c’est pas vraiment l’Atlantique, ce qui peut expliquer son pas trop frette. Parce que, vous me connaissez, je me suis sacré les pieds dans l’eau.
C’est beau, les enfants qui osent se baigner. Le papa et moi, on s’est regardé, un peu catastrophés. Honnêtement, ce n’était pas si froid que ça. J’aurais pas mis le reste du corps, mais mettons que j’ai encore mes pieds et qu’ils ne sont pas gelés!
J’ai profité de mon séjour à Ayr pour diner. J’aurais pris n’importe quoi… et ce n’importe quoi fut un mac’n’cheese! Ça faisait plus américain qu’écossais, mais je ne me plains pas parce que c’était ben bon.
En face de Ayr, l’Isle d’Arran. Je sais pas trop pourquoi, mais j’étais émue de voir ça. C’est que, dans ma tête, c’est loin, l’Isle d’Arran. Sur la plage, des chevaux. C’est beau, des chevaux. J’ai juste ça à dire.
Chouette! Les campeurs sont admis sur le stationnement, trois jours à la fois. Évidemment, il leur faut être autonome puisqu’il n’y a aucun service. J’avoue que je m’installerais ici, moi, pour trois jours.
Finalement, j’ai fait 96 miles en cette première journée de
char. Parce que non seulement ils conduisent du mauvais bord, mais en plus, comme
les Américains, ils calculent tout en milles. Faque mes 96 miles, ça fait 153
kilomètres. Une tite journée de rien, finalement. Mon GPS de char me parle
évidemment en anglais, avec un accent… « In three hundred yârdze, take the second exit in the roundabout”.
Parce que oui, il y a tout plein de ronds-points à prendre par la
gauche. Et, en rentrant à Glasgow, j'ai demandé à mon GPS de char de m'amener chez moi... Je connais les rues autour de mon appartement, mais à pied. En char, je n'y serais jamais arrivée sans mon GPS de char.
Mais conduisent-ils vraiment du mauvais côté? Ben, ça dépend du point de vue. À l’époque de la chevalerie, ils auraient conduit du bon bord: les gens étant principalement des droitiers, il fallait avoir la main droite libre pour tenir l’épée qui allait attaquer l’ennemi qui venait par la droite. Sauf qu’en auto, mettons qu’on a moins de chance de manier l’épée. Faque si on suit cette logique, les Angliches ne conduisent pas du bon bord: parce que changer les vitesses et taponner la radio de la main gauche, ça va à l’encontre de la majorité des gens!
Alors, jolis défis en ce dimanche ensoleillé.