dimanche 19 mars 2023

Des Italiens et des Français

Dernière journée à Venise. Entre vous et moi, c’est assez. D’autant plus que l’horaire du B&B n’est pas compatible avec mon air naturel! Je dois mettre mon alarme pour me lever le matin, pour pouvoir déjeuner à 8h30. Je sais, c’est pas l’heure des poules, 8h30, mais pour moi, ce n’est pas «normal» de me réveiller à 7h30. Une journée de temps en temps, ça va. Mais quatre matins en ligne, c’est toffe. D’autant plus que je m’étais aussi levée à l’heure des poules pendant la fin de semaine d’avant pour cause de Bordeaux avec Christian et Raymond, le mardi pour aller visiter la Dernière Cène et le mercredi, pour partir pour Venise. Allez-y, plaignez-moi.

Mes hôtes, au B & B, sont absolument charmants. Riccardo parle bien français, Grace parle très bien l’anglais (elle est américaine), les deux parlent très bien l’italien (aucune utilité), Riccardo parle même le dialecte vénitien (ça non plus, ce n’est pas utile). Riccardo est moitié libanais, moitié vénitien. Tu parles d’un drôle de mélange.
Vous savez, ça arrive tout le temps ces affaires-là, surtout quand on voyage: on croise des gens qui ressemblent tellement à d’autres personnes qu’on connait que ça en est troublant. Hier soir, c’est le serveur du restaurant qui ressemblait au comédien Marcel Leboeuf. Bon, ça va, je ne connais pas personnellement Marcel Leboeuf. Mais Grace a la même face et surtout la même voix (et les mêmes dents!) que Dominique Nadeau, la fille de mes amis Michèle et Daniel, de Safari Condo. Troublant, je vous dis.

Vous le saviez, vous, que le nom ghetto est italien? C’est ça que je me disais. Au 16e siècle, la république de Venise a utilisé ce nom pour désigner l’endroit où les juifs devaient se regrouper, étant donné qu’ils vivaient selon une religion différente. Ça n’avait rien de méchant ou de ségrégationniste à l’époque; c’est juste que les juifs pratiquaient le sabbat ou abattaient des animaux de façon différente et les autorités souhaitaient qu’ils fassent ça entre eux. Le premier ghetto connu est celui de Venise. C’est ce que je suis allée voir ce midi. Oui, c’était un endroit où habitaient les juifs de Venise, mais c’est juste qu’ils étaient regroupés dans ce quartier, comme ils ont été regroupés dans des quartiers propres dans plusieurs villes d’Europe. Le nom a évolué, par la suite, pour désigner un quartier où se regroupent des personnes apparentées (un ghetto noir, par exemple) et, dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, le ghetto a «repris» son sens du regroupement juif, mais de façon peu reluisante, disons…
La guide pour visiter le ghetto était particulièrement plate. Dommage, parce qu’elle disait des affaires intéressantes. Mais ça prenait une concentration du yabe pour suivre. C’est clair qu’elle nous récitait un texte appris par cœur il y a longtemps. Mes collègues profs de français l’auraient coulé pour ses compétences communicatives: toujours sur le même ton, pas vraiment de pause dans le débit, pas de gestes pour aider à la compréhension (elle gardait même ses mains derrière son dos). Heureusement, la visite n’a duré que 40 minutes! Je n’aurais pas pu prendre ça pendant deux heures.
Parce qu’ils sont tassés les uns sur les autres, les juifs de Venise ont créé des gratte-ciels: des édifices de 8 étages. Parce que vous vous imaginez bien que Venise ne peut pas supporter plus que ça. Et pour que ça ne soit pas trop haut, les étages sont moins hauts que la normale, le plafond est donc plus bas.



On a visité le «quartier» (un grand carré et quelques maisons autour), mais aussi deux synagogues. J’ai toujours ben de la misère de séparer les hommes et les femmes au nom d’une religion…


Les hommes assistent à l'office en bas, et les femmes sont en haut (où il y a comme des fenêtres - c'est un genre de passerelle)

S’il y a lieu de se réjouir, les juifs de Venise n’ont pas trop souffert de la guerre parce qu’ils avaient été exilés ailleurs, avant 1939. Malgré cela, quelques-uns étaient restés ici et la plupart ont été déportés. Des petites plaques sont maintenant par terre, devant les édifices où ils habitaient, avec ce qu’ils sont devenus… Je trouve ça d’une tristesse sans nom.


J’ai essayé d’aller manger dans un resto maghrébin suggéré par Riccardo (qui est à moitié libanais, je vous le rappelle). J’y suis arrivée à 12h. C’était plein. La fille à l’accueil m’a dit que tout était réservé jusqu’à 14h30. Je suis donc allée visiter le ghetto en attendant (c’était à côté). Je suis revenue à 14h20. Pas moyen. Plein jusqu’en fin d’après-midi (je vous l’ai dit: je ne comprends pas l’heure des repas des Italiens – je pense qu’ils mangent sans arrêt!). Suggestion du serveur: prendre du take out et aller le manger ailleurs. Ben oui, toi. Où? Il fait 10, je suis loin de chez moi… Faque je suis allée juste ailleurs. J’ai mangé des pâtes au ragout, comme Enrico nous avait cuisiné pour fêter l’obtention de nos subventions de recherche, chez David, en novembre. Bon, honnêtement, celui d’Enrico était meilleur… bien que celui-ci était comestible. 

À la table derrière moi, un couple qui en était à sa première rencontre. Elle, Ukrainienne qui parlait français (et italien) et lui, Français. Messembre que lors d’une première rencontre, même si c’est ta spécialité, tu donnes pas un cours sur l’origine des langues indo-européennes. L’Ukrainienne avait beau lui expliquer comment se construisait sa langue maternelle, l’autre n’était pas d’accord, en lui expliquant que l’estonien et le letton se comparaient à l’ukrainien. Tu parles d’un sujet de conversation lors d’une première rencontre! En tout cas, moi qui aime les langues, ça m’aurait teurné off assez vite merci.

J’ai continué à errer. J’aime toujours ça regarder le quotidien des gens. La vie du monde ordinaire. Le linge qui sèche sur la corde m'émeut.




Puis j’ai décidé de revenir faire la sieste au B&B. Vers 18h, j’ai offert à Riccardo et Grace d’aller prendre l’apéro ensemble, ce que nous avons fait sur la piazza San Marco. T’sais, quand t’habites à Venise, ben, c’est comme ordinaire d’aller prendre l’apéro sur la place St-Marc! On a fait comme les Vénitiens: on a pris un verre debout, au bar. Perso, je me serais assise pour jaser, mais on a jasé debout. C’est de même. Je pense que c’est les touristes qui s’assisent.

Après l’apéro, je suis allée manger une pizza dans un resto suggéré par Riccardo (encore!), là où vont les Vénitiens. C’est un peu faux parce qu’à côté de moi, il y avait un couple de Français que j’aurais égorgé. En fait, c’est elle que j’aurais égorgé. Insupportable. Elle n’a pas arrêté de parler (vous me direz que c’est assez français merci), mais surtout, elle a dit à son mari tout ce qu’elle faisait et tout ce qu’il devait faire: «Tu ne devrais pas choisir ça, tu n’aimes pas ça. Mes légumes sont croquants et sont chauds, alors je vais manger. Moi, un homme qui aime faire la cuisine, je ne me serais pas laissé faire…»
Moi qui croyais que les Italiens me tomberaient sur les nerres parce qu’ils parlent fort et tout le temps, aujourd’hui, j’ai plutôt eu ma claque de Français!

Je suis rentrée passé 21h, avec le pas-trop-d’envie, quand même, de refaire mon sac à dos pour demain. C’est que je quitte Venise pour rentrer à Milan avec des centaines de photos que j'ai pris comme une déchainée. Je suis contente d’être venue ici en mars. En juillet, ça doit être in.su.ppor.ta.ble.

NOTE: Il semble que j'avais «oublié» de rendre possible la rédaction de commentaires anonymes. Vous pouvez le faire maintenant... mais ça serait chouette de vous «désanonymiser» si vous le faites! Merci!

1 commentaire:

  1. Cool je peux écrire un commentaire maintenant...anonymement mais quand même possible... Merci Julie, comme toujours tu me fais rire....Au plaisir de te lire...Nicole G....

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