Vous la connaissez, je vous la sors une fois de temps en temps, selon mes journées: j’ai les jambes rentrées dans le corps jusqu’en t’sours des bras. C’est ce qu’est épuisant, Venise!
C’est que ma journée de visite a commencé anormalement tôt: je suis allée déjeuner avec Riccardo et Grace dans un petit café. Comme j’étais la seule au B&B ce matin (mes comparses américains ont quitté vers 7h, sans déjeuner!), Riccardo a suggéré que nous sortions. Faque une fois sortie, je n’allais pas rentrer… j’ai commencé ma journée!
Ça s’est fait rapidement… Riccardo a dû retourner au B&B pour accueillir des ti-nouveaux et nous a laissé, Grace et moi, au café. On était en train de jaser quand il est revenu presque au pas de course (pour lui, c’est le rythme normal…): un de ses amis du primaire, Christian, est gondolier et il m’attendait pour un petit tour! Je me suis ramassée en deux temps trois mouvements et je me suis rendue sur le bord du canal où Christian m’attendait.
C’est sans doute vrai que les gondoliers gagnent leur vie grâce aux touristes. Il n’y a que 35 000 habitants à Venise, mais il y vient entre 25 et 28 MILLIONS de touristes par année. Évidemment, un peu moins ces trois dernières années, mais la ville s’attend à dépasser les 28 millions cette année. Aye, c’est du monde en viarge, ça, pour une ville bâtie sur l’eau qui n’a pas vraiment d’espaces libres, à part garrocher le monde dans le canal. Riccardo et Grace ferment leur B&B en aout et sacrent leur camp ailleurs tellement c’est insupportable alors qu’ils pourraient louer toutes leurs chambres pendant le mois. Mais leur paix d’esprit vaut bien un mois de vacances! En mars, le nombre de touristes est tout à fait supportable. Il y en a tout plein (dont moi!), mais c’est vivable, sauf pour les groupes de Chinois. C’est assez désagréable quand ils débarquent en troupeau…
J’ai beaucoup aimé mon tour de gondole. J’en aurais pris encore une bonne heure, en plus des 30 minutes payées. Mais ça aurait coûté viargement plus cher. Déjà que 30 minutes, c’est 80 euros… J’ai adoré me faire bercer par le bateau sur l’eau, et j’ai aussi aimé voir un tipeu de ville à hauteur de canal, pognée dans le trafic des bateaux. J’ai toujours aimé faire des tours de bateau quand une ville est installée près d’un cours d’eau digne de ce nom. Je trouve que ça donne un autre regard. Et comme Christian me montrait quelques édifices historiques et répondait à mes questions, ce fut un tour fort agréable! On a jasé de tourisme, d’eau, de marée haute (aqua alta à Venise), des immenses bateaux de croisière qui n’ont plus le droit d’approcher la ville… Considérant la fragilité de Venise, je peux pas croire que ces bateaux de touristes débarquaient leurs occupants sans trop se soucier des effets sur la lagune et les berges vénitiennes. La ville (et le gouvernement) est en train de construire un espèce de barrage dans la lagune qui devrait arriver à réguler les marées quand elles s’annoncent érosives. Les Vénitiens ne demandent qu’à y croire.
Il était 10h30 et mon tour de gondole était fini. Qu’est-ce que j’allais faire du reste de ma journée? Je trouvais qu’il était de bonne heure en tipépère. J’ai donc marché jusqu’au marché public. Un truc en plein air (comme le reste de Venise) où les poissonniers viennent vendre leur stock fraîchement pêché. À côté de ça, des marchands de fruits et légumes, et d’épices. J’ai niaisé là, autour des étals. Je n’allais évidemment pas acheter de poisson, mais je me suis laissé tenter par des épices à rapporter à Mourial et par des fraises. C’est qu’elles étaient bonnes et pas trop chères. Je les ai juste oublié dans mon sac à dos tout l’après-midi au lieu de m’assoir sur un banc et de les manger!
J’ai continué à errer, à la recherche de rien. Ça tombait bien: rien est très facile à trouver à Venise. Parce que c’est sûr que si je cherche de quoi de précis, je ne le trouve pas et je me perds! C’est ça, Venise. Un paquet de tites rues qui ne débouchent pas sur une autre rue ou qui aboutissent sur un pont alors que, selon ma carte de la ville, je devrais rester de ce côté-ci du pont… Faque on marche au hasard. J’ai même entendu un Français engueuler sa femme sur le fait qu’il FAUT se perdre à Venise, que c’est la SEULE façon de découvrir la ville. On se calme? C’est vrai que c’est agréable d’aller au hasard, mais un moment donné, il faut ben se rendre quelque part!
J’ai un sens de l’orientation assez pas pire, généralement. Mais à Venise, il ne sert pas à grand-chose. Un moment donné, j’étais certaine d’être rendue «là», mais je ne me retrouvais pas sur ma carte. Faque j’ai dû demander à Gougueulemappe de me trouver. Eh misère que je n’étais pas où je pensais?!?! Pis j’ai beau me dire «à droite, puis à gauche après le pont», c’est jamais simple de même! Les noms des rues ne sont pas toujours écrits sur les murs ni sur ma carte… alors, ça complique la vie un peu.
J’ai fini par aboutir quelque part où j’ai trouvé que ce serait une bonne place pour honorer mon engagement envers mon amie Julie: j’ai bu un Spritz Aperol à sa santé sur une terrasse, au soleil.
J’ai aussi croisé une église et une basilique. On est en Italie après tout. L’église de San Polo et la Basilique Santa Maria dei Frari. Du joli stock, mais surtout, des peintures qu’on verrait dans des musées. De même, là, là, accrochées au mur dans une église.
Quelques pas plus loin, j’ai trouvé un resto avec une terrasse au soleil pour diner. Une splendide lasagne bolognaise. Je suis quand même étonnée à quel point les Vénitiens (et les touristes) mangent dehors alors qu’il fait toujours ben yinque 12 degrés. C’est pas si chaud… Mais je pense sérieusement que j’ai pogné un coup de soleil dans la face.
J’ai repris ma marche vers nulle part. En fait, là, ce n’était pas tout à fait vrai. Je voulais surtout aller à la basilique Santa Maria della Salute, la grosse basilique qu’on voit quand on se promène sur le grand canal. Comme c’est au bout du paquet d’iles de l’autre côté, c’est pas mal de marche… surtout quand on doit sans cesse revenir sur ses pas parce qu’on n’a pas pris le bon chemin! Finalement, j’ai comme l’impression que je marche comme Prunelle, le chien d’Yves, dans le temps… Marcher en ligne droite n’était pas dans son ADN. Pendant qu’on faisait 3 km autour du lac, elle devait en avoir fait 5 ou 6, à virailler autour de nous. Les Italiens me fascinent, quand même. Dans les petites rues, c’est clair qu’il faut croiser en file indienne. Alors, quand quelqu’un attend devant nous, c’est parce que ça jamme un peu en amont. Alors, j’attends. Mes les Italiens, eux, doublent par la gauche… en contribuent à ce que ça jamme encore plus. Mais je peux comprendre les 35 000 Vénitiens d’être à boutte des touristes… même si c’est ce qui fait vivre la place.
Dans mes pérégrinations, j’ai été fascinée par les vêtements qui séchaient au… non, pas de vent. Pas de soleil non plus dans ces rues étroites. Ben, qui séchaient tout court. Je me demande, quand même… ça a dû arriver que quelqu’un échappe son linge dans le canal en l’étendant?
J’ai repris le vaporetto pour traverser le grand canal et revenir près de chez moi. C’est là que j’ai trouvé un bar à vin pour prendre l’apéro et pour souper. J’aime le vin du Fronsac… mais j’aime aussi le vin d’Italie. Le blanc que j’ai bu en apéro (100% Trebbiano de Lugana) et le Valpolicella avec mes fruits de mer m’ont rendue presque contente de me perdre, même si j’étais à quelques coins de rues de mon B&B.
Alors, vous comprenez pourquoi j’ai encore les jambes rentrées dans le tronc…
Ouin, tu t'es fait gâter par Riccardo et Grace à ce que je vois. Ils vont garder un bon souvenir des québécois. Un beau tour en gondole en plus. La vie est belle à Venise.
RépondreSupprimerQue c'est agréable de te suivre dans Venise. A voir combien tu marches, c'est juste normal que tu aies les jambes en dessous des bras. Merci pour ta carte postale de Tallinn.
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