C’est fou tout ce qu’on peut faire avec une heure de vie de plus. Parce que oui, mes amis, je suis à 5h de votre cœur, maintenant.
Toute s’est trop bien passé ce matin. Je me suis réveillée 2 minutes avant que ma tablette se manifeste. Je suis allée déjeuner au resto de l’hôtel. Pour 14 euros. Ça en valait à peine cinq. J’ai volé (ben pas tant, puisque j’avais payé mon déjeuner trop cher) un pain, des tranches de fromage et de jambon, pis je me suis fait un ti-sanneouiche enveloppé dans une napquinne.
J’avais comme rien à ramasser dans ma chambre puisque je n’étais montée qu’avec mon sac à dos. Faque en deux temps trois mouvements, j’étais dans mon char. J’avais prévu 30 minutes pour me rendre au bureau de Renault à l’aéroport, pis ça en a pris 10.
Le type m’avait dit de compter 30 minutes pour la restitution de la voiture, ça en a pris 8. Je vous jure.
Faque j’ai rendu la Renault Captur, avec ses 6900 kilomètres de plus au compteur. Oui, oui: 6900 km en deux mois. Je trouve ça respectable.
Faque j’ai gnaisé à l’aéroport CDG, à côté de la gare TGV.
Petite jouissance alors que je suis installée chez Paul, et que je bois un café en attendant mon train. Il y a deux hommes installés à côté de moi qui jasent. Pendant ce temps, il y a une jeune fille (l’air un peu bête, mais quand même…) qui passe la moppe et qui torche les tables. Les deux hommes se lèvent et partent, en laissant trainer leurs cochonneries sur leur table. La jeune fille, qui est juste à côté, les interpelle en leur tendant leur plateau de restants: «Il faudrait jeter vos restants dans la poubelle et rapporter votre plateau!» Quin toué. Vlan dans les dents. Le monsieur a pris le plateau et a fait sa job de citoyen.
Pis mon train est arrivé. Trouver le siège 26 a été difficile. C’est que les numéros ne se suivaient pas. Les 25-26 étaient drette en avant de 32-33. Pis à côté de 25-26, c’était 13-14. Trouvez l’erreur. J’ai fini par trouver le 26, et comme il n’y avait personne aux 32-33, je n’ai pas tant que ça voulu faire connaissance avec le type qui était au 25. Faque chus restée à une place qui n’était pas la mienne.
Autant j’adore faire du train, autant j’aguis ça me faire tirer. Mais là, pas le choix: j’ai eu dos au sens de la marche de l’aéroport Charles-de-Gaulle jusqu’à Lille-Europe (avec des arrêts à TGV Haute-Picardie - aussi bien dire dans un champ - et Arras).
Quand j’ai acheté mon billet sur le Web, on me proposait le train d’après, ce qui me laissait 20 minutes pour faire la correspondance et passer les douanes à Lille. Je trouvais ça vraiment trop serré, surtout que le site disait qu’il fallait passer les douanes au plus tard 15 minutes avant le départ du train. Ça me laissait 5 minutes pour l’arrivée du train, pogner mes valises, trouver le quai et les douanes… je trouvais que c’était trop juste pour avoir du fonne. Faque j’ai pris le train d’avant, celui qui me laissait presque deux heures à Lille. J’ai ben faittte parce que le train est arrivé à CDG (en provenance de Montpellier) avec 8 minutes de retard… Faque j’ara manqué ma connexion.
Je débarque du train à 14h30. Le hasard veut que je sois presque en face de l’ascenseur. Mais comme tout le monde vient vers moi, ça m’a pris 2 minutes pour faire 50 mètres, avec mes valises, la foule dans la face. Je monte à l’étage… et je suis drette en face du portail d’enregistrement pour l’Eurostar. Sauf que j’ai envie de pisser (Stéphanie et Francis seront étonnés). Je me mets en quête de toilettes. Coudon? Je vais-tu marcher jusqu’au Bangladesh, moi? Je finis par les trouver, la madame Pipi m’accueille si je me déleste d’un euro et je vais pisser dans une toilette pas tout à fait assez grande pour y loger deux valises, un sac à dos, une sacoche et une fille qui a envie. Mais j’y arrive.
Je remarche en sens contraire pour aller vers l’embarquement. Là où il y avait une filée tout à l’heure, il n’y a plus personne. Ah. Je dis aux gens de la sécurité que j’ai un canif. Je le leur montre et ça va aller. Y’a un des types qui le taponne le canif et me dit, en riant: «Ça va aller, c’est un fien.» Un quoi? «Mais oui, madame. Si un caniche, c’est un chien, un canif, c’est un fien.» Oh misère. Thierry, sors de ce corps. Je scanne mon billet, mais le tourniquet buzze et ne veut pas me laisser entrer. Merde. Le type vient me voir et constate… que je suis trop tôt. Il est 15h et mon train est à 16h35. Là, c’est le train de 15h35 qui va partir. Je pourrais changer mon billet pour 50 euros. Pas pantoute. Je vais m’assoir à un banc, je vais rien faire, c’est toute. Faque j’ai rien fait (pas vrai – j’ai corrigé ma dernière copie), et je me suis fait quêter de l’argent six fois, quand même.
Faque à 15h35, quand le train est parti, ils ont ouvert les douanes pour le train de 16h35. J’ai refait le même chemin, j’ai encore dit au même type que j’avais le même canif, membre de la confrérie des cafiens. On a rigolé un peu encore… Mon train, en provenance d’Amsterdam, est entré en gare avec quelques minutes de retard… et on est parti. La traversée de la Manche a pris 20 minutes et le voyage total, autour de 1h30. J’ai essayé de lire, mais j’avais plus envie de regarder dehors, sauf pendant les 20 minutes de tunnel!
Puis, au bout de tout ça, Londres.
Bon. Que je vous raconte pourquoi je suis à Londres, en ce 2 mai 2013, alors que ce n’était pas pantoute prévu, si vous retournez voir les premiers billets de ce blogue de voyage, en janvier, avant que je parte.
En novembre, alors que je me dis que ça pourrait être chouette d’aller en Estonie et en Lettonie, la chienne me pogne un peu, rapport que c’est deux pays avec une frontière russe. Pis que t’sais mettons qu’y’a comme une guerre dans ce coin-là. Alors, je visite le site du gouvernement du Canada, là où on apprend si les pays qu’on veut visiter sont fréquentables ou pas. L’Estonie est au vert. La Lettonie itou. La France est au jaune… attentats terroristes toujours possibles. Bon. Une fois que je sais ça, est-ce que j’ai besoin d’un visa? Pas pantoute. Les deux pays sont membres de l’Espace Schengen qui gère les frontières des 26 pays européens. Pis là, en fouinant sur le site du gouvernement du Canada, j’apprends qu’un Canadien (ou une Canadienne, c’est la même affaire) ne peut pas rester plus de 90 jours consécutifs (et en 180 jours) dans l’ensemble de l’Espace Schengen sans visa. Ah ben, bâtard, c’est moi, ça! Et qu’il faut demander un visa dans le pays où on va passer le plus de temps. Re-bâtard. En novembre, selon mes plans de voyage, j’allais passer 59 jours en France. Pas 90, mais 59. Pas la France, nooooooooooonnn! Je vais devoir faire une demande de visa pour la France?!?!?!?! Connaissant la France et l’obtention du laissez-passer A-38, c’était parti pour mal se passer.
Je vais sur le site du consulat de France à Montréal, je remplis tous les papiers, je donne tout l’argent qu’il faut, je réussis à prendre un rendez-vous pour déposer tous mes documents et faire prendre mes empreintes digitales…Ouf. Et j’habite à Montréal. Pauvre Gaspésien qui doit se taper une visite en ville pour venir donner ses documents. Surtout que, ne faites pas vos surpris, les documents à compléter sont en partie incompréhensibles pour une non-Française. «Fournir un justificatif de la situation économique», c’est quoi? J’ai fourni mes trois derniers mois de relevés bancaires. Ben, c’est aussi une lettre de mon employeur que ça prenait, lettre qui disait que j’étais en congé sabbatique et que j’allais reprendre mon travail en aout. Et si vous avez coché sur le formulaire que «vous vous engagiez à n’exercer aucune activité professionnelle», est-ce que vous auriez en plus écrit une lettre pour dire la même affaire? C’est ça. C’est crissement et inutilement compliqué. N’empêche. Comme j’ai tout déposé dans les temps et que la fille au bureau avait l’air de dire que tout était correct, je ne me suis pas inquiétée outre mesure.
J’aurais dû.
Fin janvier, une semaine avant mon départ, je reçois une lettre du consulat de France qui me dit que ma demande de visa a été refusée. Ouan. Motif? «Les documents déposés sont soit incomplets, soit qu’ils ne sont pas fiables.» Je suis enragée. Surtout que la raison est mal foutue: les documents peuvent être incomplets, mais fiables… ou pas fiables, mais complets. C’est quoi cette niaiserie-là? Sur la lettre, ça dit que j’ai 30 jours pour contester. Comme je pars dans 5 jours, j’appelle le consulat… où personne ne répond, évidemment. On me réfère au site Web… qui dit la même affaire. J’écris un courriel au consul, puisque c’est lui qui a signé la lettre de refus: combien de temps ça va prendre pour que je sache si ma contestation va donner de quoi? C’est que je pars dans quelques jours, moi. Ouan, ben pensez-vous que monsieur le Consul a daigné me répondre? C’est ça: pas pantoute. Faque je suis partie pour l’Islande avec une lettre de refus de visa dans mes valises.
Mes amis québécois se demandaient bien quelles étaient les conséquences de rester en Europe, sans visa, après 90 jours. Certains avaient envie d'être des illégaux... mais personne n'avait entendu parler de l'exigence d'un tel visa. Ben là, vous le savez. C’est sûr que je n’allais pas me faire arrêter par la police corse pour me demander mon passeport et mon visa. Mais après? Une fois que je reprends l’avion pour revenir? Ben… trois possibilités: l’amende, l’expulsion et la prison! J’ai un peu rigolé en demandant à Michaël de quêter mes amis pour la caution, si jamais je me retrouvais en prison.
Je suis partie, en ne sachant pas. En espérant une réponse de monsieur le Consul. En me disant que, comme Canadienne, je peux être 3 mois (90 jours) sans visa en Europe. Sauf que c’est crissement pas de même que ça s’est passé.
Je suis arrivée à Reykjavik, en Islande, le 3 février. Premier pays Schengen. Le douanier me demande combien de temps je serai ici: je lui réponds une semaine en Islande. Oui, mais en Europe? Cinq mois, monsieur le douanier. Il cherche mon visa dans mon passeport… Ne le trouve pas. Il me dit que je n’ai pas de visa… Ben, non, monsieur le douanier, la France n’a pas voulu me le donner, j’ai la lettre ici, monsieur le douanier. Il fait venir une policière. Ça ne me semble pas bien parti. La policière m’explique que je ne peux pas rester plus de 90 jours dans l’ensemble des pays Schengen en 180 jours au total. Donc, pas possible d’aller virer une journée en Roumanie (pays pas Schengen) ou certaines anciennes républiques soviétiques et revenir en Europe. Naon. Une fois mes 90 jours passés, je dois attendre 90 jours de carence avant de revenir. À moins d’avoir un visa. Elle m’explique l’Estonie donne des e-visas plus « facilement ». Mais que si je n’en ai pas, je devrai changer mes plans de voyage… Conséquence? Je ne me ramasserai pas en prison (ouf!), mais je serai bannie de l’Europe pour deux ans. Ouan. J’ai pas trop envie de prendre cette chance-là. Heureusement, la policière est gentille, le douanier aussi. Parce qu’ils auraient pu me remettre sur un avion pour Montréal drette là (en fait, comme j’avais transité par Londres, on m’aurait retourné en Angleterre). Faque j’aurai pas le choix. Faut que je me trouve un visa.
Une fois installée en Islande, j’écris à l’ambassade d’Estonie à
Ottawa (je suis Canadienne, après tout). Et là, quelqu’un me répond dans les 24
heures (allo? La France?) pour me dire que si je vais en Estonie pour 90 jours,
pas de problème pour le visa, c’est facile à avoir, il suffit de compléter la
demande en ligne. Je réponds: ouan, mais si je ne vais pas en Estonie pour 90
jours, mais pour une semaine? Réponse de l’ambassade, toujours en 24 heures:
pas possible, alors. Enfin, quelque chose de clair. Mais qui fait que je dois
absolument changer mes deux derniers mois. J’étais dans tous mes états. Je ne
peux pas revenir chez moi: les Autrichiens avec qui j’avais prévu faire un
échange seront chez moi… et je n’ai pas Azarius avant le début de juillet.
Bref, je suis dans la marde. Jusqu’à ce que je réalise que le Royaume Uni ne
fait pas partie de Schengen!!! Hourra! Délivrance! J’aurais pu aller en Russie,
mais c’est pas trop tentant, mettons. Je passerai donc mes deux derniers mois
chez les Angliches. Ce plan B m’a tout à coup enlevé un énorme poids sur les
épaules.Et ça me tentait d'aller en Angleterre. En fait, l'Écosse faisait partie de ma liste, un moment donné. Ben, le moment-donné, ça va être cette année.
Bon, c’est ben beau d’avoir un plan B, mais comment le mettre en place? J’ai dû annuler mes deux Airbnb et le traversier pour la Corse, annuler mon court séjour en Croatie (avion et hôtel), annuler mon vol Paris-Vienne, avertir mes Autrichiens qu’ils peuvent toujours venir chez moi mais que moi, je n’irai pas chez eux, changer mon vol de retour Paris-Montréal pour Londres-Montréal, trouver des Airbnb à Londres et en Écosse, louer un char pour faire le tour de l’Écosse… J’ai réglé ça en deux temps trois mouvements, question de me libérer l’esprit pour les trois mois que j’avais devant moi. En fait, il me reste 4 ou 5 jours, à la toute fin, à organiser. Est-ce que je reviens à Londres ou je vais ailleurs en Angleterre? On verra à la fin de cette semaine…
Parce que demain, à moi Londres!
(Et vous qui pensiez que monsieur le Consul français avait répondu à mon courriel...😆)
Toute une histoire, ça paraît que tu as de l'expérience avec les voyages en solo. Je suis contente que tu ailles en Ecosse. J'avais planifié un voyage là qui ne s'est jamais réalisé. Je vais le remettre à l'ordre du jour en m'inspirant de tes récits.
RépondreSupprimerQuand je voyageais en France à vélo avec Vélo Québec, on disait tout le temps: Pourquoi faire simple quand on peut faire compliquer? Car la France est vraiment chiante pour la bureaucratie...disons que le Canada est pas mal semblable... Tant mieux que l'Angleterre est sortie de l'Union Européenne, ça allège le problème...Nicole G
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