Départ de mon appartement helsinkien ce matin, sous une petite bruine frette. Je voulais faire un dernier tour de tramway avant d’aller au port, mais la valise, le sac d’épicerie, le sac à dos et la température ont eu raison de ma volonté! Je suis allée attendre le traversier… au port.
Vers 11h45, il n’y avait pas trop de monde, le départ étant toujours ben prévu à 15h15! Pis, tranquillement pas vite, du monde. Du jeune monde. L’âge de mes étudiants. Un tas. Un gros tas de mes étudiants. Ça a l’air que c’est comme une «fin de semaine de relâche» et mes petits jeunes s’en vont passer la fin de semaine à Tallinn. Le bateau, c’est définitivement moins cher que l’avion! Ils doivent être habitués de voyager, ces jeunes-là, ils ont tous une tite valise de cabine sur roulettes. Parlant de valise, je pense que la mienne est sur le bord de rendre l’âme… Elle a fait une bonne vie de voyageuse, mais je la sens tannée. Ce matin, le zippeur a gossé pour accepter de se fermer. Pis les roulettes refusent parfois de coopérer. C’est sûr que rouler dans les tites roches finlandaises, ça aide pas pantoute! Je vous en reparlerai si tout lâche! Peut-être que les valises sont moins chères en Estonie ou en Lettonie? Les Airbnb le sont, en touécas.
Mon bateau, le Finlandia, accueille, en ce vendredi après-midi, autour de 1500 passagers. Le bateau est plein!
Conclusion? Je me suis trouvé un spot pour m’assoir dans une petite salle pleine de jeunes où je ne vois pas dehors. J’imagine qu’on avance parce que je sens des mouvements, mais je ne pourrais pas dire… J’aurais bien voulu m’installer sur le bord d’une fenêtre, mais on est trop tassé pour ça. Je trouve que ma vie de princesse fait dur un peu.
Mes étudiants ont bu et mangé dans une salle où c’était indiqué, à l’entrée, qu’on ne pouvait ni y manger ni y boire. Les trois jeunes filles en face de moi ont joué aux cartes. Le troupeau à côté s’est pris en selfie tout l’après-midi. Dans le corridor passent des jeunes gars avec des caisses de bières achetées sur le traversier, à prix estonien. Plus ça change, plus c’est pareil.
Pendant ce temps, je lis. J’ai finalement fini les 425 pages de Le Caméléon, de Marc Ruskin. Eh bazwell que c’était bon, ça. Le type a été a undercover pour le FBI pendant une trentaine d’années. Alors, il raconte toutes les missions infiltrées auxquelles il a participé. Garrochez-vous sur ce livre, c’est infiniment instructif.
L’immense traversier finit par arriver à Tallinn. Il est 17h30 et il fait noir. Ça prend une bonne trentaine de minutes à ce que je me retrouve sur le trottoir, en quête d’un taxi. Facile. Y’a une ligne pis les taxis attendent là. Faque j’ai montré l’adresse où je vais (Nunne 1) sur mon téléphone à un chauffeur, il a mis ma valise et mon sac d’épicerie dans le coffre de sa Toyota et on est parti! Au final, ça m’a couté 15 euros (11,50 de course et 3,50 que je lui ai donné, pour sa gentillesse). Il m’a longuement parlé (dans un anglais pas toujours facile à comprendre) du bouchon de circulation dans lequel nous étions pris au sortir du port, de la ville que l’administration essaie de revamper pour faire venir le touriste, du fait que beaucoup (trop) d’Estoniens vont travailler à Helsinki pendant la semaine et rentrent à Tallinn le vendredi soir. Pourquoi? Parce que le cout de la vie a beaucoup augmenté en Estonie, mais que les salaires n’ont pas suivi. Alors, les gens s’expatrient, pendant la semaine, pour aller travailler de l’autre côté du golfe de Finlande, là où les salaires sont plus élevés.
Arrivée à l’épicerie au coin de chez moi (c’est là que je vais chercher la clé pour entrer dans l’appartement!), mon chauffeur m’attend sur le trottoir, avec mes valises, juste au cas. J’ai eu une petite pensée tordue (il pourrait se pousser avec ma valise!), mais j’ai fait confiance. J’ai eu raison, une fois de plus.
Je ressors de l’épicerie, je prends mes valises et la carte d’affaire de mon chauffeur dont j’ignore le nom. Il est disponible pour me faire visiter la ville si je le veux ou si j’ai besoin d’un taxi. Ouais, je vais en avoir besoin vendredi prochain!
Je monte ma rue piétonne (j’adore), je mets la clé magnétique sur le ti-rond, Sésame s’ouvre. Un demi-étage plus haut, mon appartement. J’y entre. Coup de cœur. En fait, j’avais vu les photos au moment de choisir cet appartement-là, mais là, c’est vrai. C’est juste infiniment chaleureux.
J’écris à Jürgen pour lui dire que je suis arrivée et que tout va bien. Il va venir faire son tour: il doit changer les piles de la télécommande. Alors, il débarque ici alors que je viens de terminer 15 minutes de réunion de Pédagogie collégiale (c’était chouette de revoir les collègues!) et que je suis allée me chercher des chips, de la limonade à la rose (qui goute la gomme Trill au savon) et du jus pour souper. Non, non, ne vous inquiétez pas: j’ai trainé du fromage, des crevettes, des bébés tomates et du fromage finlandais dans mes valises.
On jase, le jeune Jürgen et moi. Ben, il a l’air d’avoir 14 ans, mais il me dit qu’il a travaillé 22 ans pour le gouvernement estonien, après ses études en sciences politiques. Il a même contribué à rédiger la demande d’acceptation de l’Estonie à l’OTAN. Eh boy. Je n’habite pas chez n’importe qui… On jase un peu. Il me dit qu’il y a un musée de l’occupation et de la liberté. Tchèque ben que je vais débarquer là, moi.
Alors, me voici installée à Tallinn, en Estonie, pour la semaine. Avec un espèce de sourire niais, encore une fois, parce que je fais une maudite belle vie.
Et, en fin de journée, une douce pensée pour mon papa, parti il y a un an aujourd’hui…
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