lundi 15 mai 2023

Pèlerinage écossais

Sortie extraterritoriale aujourd’hui pour faire un genre de pèlerinage. J’ai pris le train pour aller passer une partie de la journée à Lockerbie. Oùssa? Lockerbie.

C’est qu’il y a eu, à Lockerbie, le résultat d’un attentat sur un avion en décembre 1988… Un avion de la PanAm (un immense Boeing 747) qui va de Londres à New York explose en plein vol au-dessus de l’Écosse. Évidemment, l’avion se désintègre et vient s’écraser en morceaux au sol, dans le petit village de Lockerbie, tuant non seulement les 243 membres d’équipage, mais aussi 11 personnes au sol qui ont reçu un bout d’avion sur la margoulette. Ce qu’on a appelé «l’attentat de Lockerbie» était le fait de quelques Libyens, dont très peu (2 ou 3, je pense) ont été condamnés après d’interminables procès. Pour qu’on se rappelle de ce drame, il y a, dans le cimetière de Lockerbie, un mémorial dédié aux victimes et il y a un autre mémorial sur Sherwood Crescent, là où est tombé un bout d’avion qui a mis le feu à des maisons et tué des habitants. C’est tout ça que je voulais aller voir.

J’ai pris le train à la splendide Central Station de Glasgow (qui est classée comme monument patrimonial en Grande-Bretagne), direction Lockerbie, à une heure au sud. Lockerbie est une petite ville d’à peu près 4000 habitants qui n’a rien de spécial (à part avoir reçu des débris d’avion sur la tête). Une épicerie (un Tesco que j’ai visité!), une station-service, des commerces sur la rue principale (fermés le lundi!), quelques restos, des maisons qui ont l’air de maisons de banlieue, son terrain de golf et de football… la petite ville n’a rien d’autre à signaler.

Je suis donc arrivée un peu passé midi à la gare de Lockerbie. 


Comme je ne sais pas trop combien de temps ça va me prendre pour faire mon pèlerinage, j’ai prévu reprendre le train à 18h14. Ça me donne tout l’après-midi. Et pour avoir encore plus de temps, je me suis fait un lunch pour ne pas avoir à m’assoir quelque part pour manger. Je sors de la gare, je regarde où je peux prendre l’autobus pour aller au cimetière (un peu à l’extérieur de la ville), mais… évidemment, l’autobus part de l’arrêt au moment où j’y arrive, à trois coins de rues de la gare. Bon, comme le prochain est dans 30 minutes, je vais marcher. Alors, je marche. Par-dessus l'autoroute.

Je finis par arriver au Garden of Remembrance du Dryfesdale Cemetery de Lockerbie. C’est un cimetière ordinaire, mais au fond, un petit jardin avec une plaque commémorative. Je trouve ça triste, quand même.



Alors, c’est ça, le Garden of Remembrance? Je veux ben croire que beaucoup de corps ont été rapatriés aux États-Unis (et ne sont donc pas enterrés ici), mais ça manque de panache un peu, je trouve. Je reviraille dans le cimetière, en me disant qu’il doit y avoir d’autre chose… mais non. Et là arrive un autobus rempli de vieux Américains qui sont venus se recueillir. Pas longtemps, mais se recueillir quand même. Et comme ça leur a pris 32 secondes et quart pour sortir de leur autobus, venir au petit jardin et retourner au bus, je me suis dit que c’est tout ce qu’il y avait à voir… Alors, je me dis que je vais retourner en ville pour aller au mémorial.

En sortant du cimetière, le bus 81 m’a passé drette dans la face (c’est une histoire qui se répète dans ce long séjour européen). En fait, il était en retard sur son horaire, c’est pour ça que je l’ai vu… Le suivant est annoncé dans 20 minutes. Alors, j’ai sorti mon sannouitche, je me suis installée sur un banc et j’ai mangé. Je n’ai pas osé manger dans le cimetière, y’a comme un décorum ou un respect à avoir, je trouve.


Je sais juste pas où est l’arrêt parce qu’il n’y a pas de poteau (avec une annonce d’arrêt de bus dessus) en face du cimetière. Ce qui fait que 15 minutes plus tard, je me suis pointée à côté de la place où je pensais qu’était l’arrêt pis j’ai attendu. Pis, tout à coup (le cimetière est dans une courbe et on ne voit pas venir les véhicules), je vois un gros autobus jaune qui pogne la courbe. C’est à la dernière minute que je vois que c’est écrit 81 en haut. Alors, je lève le bras de façon insistante pour que le chauffeur me voie…  Il sacre les brékes sur son bus et s’arrête un peu plus loin. Ouf. La ville est à 2,4 km, je l’aurais marché encore, mais mettons que ça me tentait pas trop. Faque pour £2,6, je vais revenir en ville en autobus.

Je descends du bus et je repars en sens inverse, à la recherche du Mémorial, sur Sherwood Crescent. C’est toujours ben là qu’il y avait des maisons qui ont reçu un bout de fuselage sur la tête. C’est un quartier qui ressemble à un quartier de banlieue, avec de jolies maisons et des petits terrains. Du monde ordinaire, quoi. Et, dans la courbe, ce parc.


C’est tout? Juste cette roche avec les noms des habitants de la maison détruite? Je suis déçue. Y’a pas une place où il y a des explications (une chance que je connais la patente), comme si la ville voulait oublier. Je pense qu’il aurait pu y avoir quelque chose dans le petit pavillon, à l’entrée du cimetière, mais c’était fermé.

Bon. J’ai tout vu ce qu’il y avait à voir. Il est quelle heure, avec tout ça? Pas mal trop tôt.

Je me cherche de quoi à faire pour les trois heures que j’ai à tuer avant de reprendre le train. J’erre un peu en ville. 









Heureusement, je traine toujours ma liseuse, alors je termine l’excellent livre de Michèle Ouimet, et j’en commence un autre, Le Royaume désuni, qui parle de l’histoire d’une famille au Royaume-Uni. Tiens donc.

Je trouve un resto typique d’une petite ville (je suis, ici, percluse de préjugés): je commande une potato skin au fromage et un milk shake au chocolat. Oui, oui. Je passe de 15h à 17h au resto, parce que… ça ferme à 17h. 

Après, je me suis installée sur un banc, sur l’autre quai de la gare, pour être au soleil. J’ai encore lu. Quand il a commencé à faire frette pour cause de nuages, je suis rentrée dans la salle d’attente…

 

Et le train a fini par arriver. J’ai regardé par la fenêtre. Moutons. Vaches. Prés verdoyants. C’est beau, la campagne écossaise.



En arrivant à Glasgow, on a traversé la Clyde sur le pont ferroviaire (évidemment). J’ai trouvé ça beau.

Mais au final… tout ça pour ça?  Regardez mes photos et épargnez-vous un pèlerinage.

6 commentaires:

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  2. Je suis contaminé, tu m'as transmis ta malédiction. Mon message est parti tout croche.

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  3. Bonjour Julie, l'expression française pour "dette dans la face" est "sous le nez". Je ris toujours autant à la lecture de tes aventures...
    Si tu veux lire une bonne saga sur les familles anglaises, connais-tu la saga des Cazalet d'Élisabeth Jane Howard. C'est très bien écrit et c'est surtout une excellente analyse de la société anglaise entre les années 20 et 50. Bises

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  4. Il n'a pas voulu prendre mon nom ce blog, l'anonyme c'est Anne !!!

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  5. Encore une fois je suis crampe en lisant: ''Il sacre les brélas", hahaha...tordante...On va te donner le trophée de la "fille dont son autobus lui passe toujours dans la face" Nicole G.

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  6. Joli village mais comme tu dis... on dirait qu'ils ne veulent pas trop s'en souvenir !

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